La réalisatrice


ÉLÉMENTS BIOGRAPHIQUES  


      Anna Roussillon est née à Beyrouth en 1980, a grandi au Caire, s’est ensuite installée à Paris. Elle a étudié la philosophie, la linguistique, les langue, littérature et civilisation arabes, la réalisation documentaire à Lussas. Agrégée d’arabe, elle enseigne à Lyon, traduit des textes littéraires, participent à des émissions de radio, tout en travaillant sur divers projets cinématographiques liées à l’Egypte. Je suis le peuple est son premier long métrage documentaire.


ENTRETIEN AVEC LA RÉALISATRICE


Dans le film, on vous entend parler parfaitement l’arabe avec les protagonistes, pouvez-vous nous en dire plus sur ce qui vous lie à l’Egypte ?

    Cette dimension personnelle est toujours sous-jacente dans le film : on n’y apprend pas grand chose sur mon lien « réel » à l’Egypte mais on sent comme une grande familiarité, une grande facilité de circulation dans ce monde qui ne semble pas m’être inconnu. Dans la réalité, il se trouve que j’ai grandi au Caire, que j’y ai appris l’arabe, pas comme langue maternelle mais comme une deuxième langue qui m’accompagne depuis. J’habite depuis quinze ans à Paris mais je n’ai jamais cessé d’aller en Egypte, où j’ai ma mère, la tombe de mon père, mes paysages d’enfance et d’adolescence, mes questions aussi. Un des points fondamentaux du film, à mon avis, se trouve là : cette place ni-dedans ni-dehors, cet entre deux qui ouvre dans le film comme un espace de conversations et d’échanges toujours potentiellement recommencés.

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Comment vous est venue l’idée de ce film ? Dans quelles circonstances avez-vous rencontré le personnage principal ?

    J’ai rencontré Farraj un après-midi brûlant d’août 2009 au milieu d’un champ fraîchement irrigué au-dessus duquel dansaient des dizaines d’ibis, lui la pioche sur l’épaule, moi la caméra à la main. Je travaillais alors à Louxor sur un projet de film et peu à peu, au fil de mes voyages, nous sommes devenus amis.
En janvier 2011, je lui annonçai que je voulais plutôt faire un film avec lui, un film aux contours encore flous, sur les manières dont on habite au village comme un centre du monde alors que tout le désigne comme une marge de la société. Je rentrai à Paris le 27 janvier 2011, après un mois passé au village, en prévoyant de revenir à l’été. C’était la veille du “Vendredi de la colère”, ce jour où tout le monde a compris qu’il se passait vraiment quelque chose, ce jour où tout a basculé dans la révolution. La conversation skype qui est dans le film est la seule conversation que l’on a pu avoir, Farraj et moi, pendant la révolution. Nous étions tous les deux loin du centre des événements, lui à Louxor, moi à Paris. Nous regardions tous les deux la télé pour savoir ce qui se passait, sans pouvoir vraiment y participer. Je suis retournée en Egypte en mars 2011. Sur la place Tahrir, d’abord, qui était encore occupée. Au village aussi, où pas grand chose ne semblait avoir concrètement bougé. Mais où tout le monde ne parlait que de ça.
 (…) Comment vit-on une révolution qui se manifeste au village comme en creux, dans la disparition des touristes, de l’électricité et des bouteilles de gaz ? Se sent-on y appartenir, y trouve-t-on une place, y formule-t-on des espoirs ?
      J’ai donc décidé, à ce moment-là, en mars 2011, de rester au village. Je voulais approcher les enthousiasmes et les interrogations liées à la révolution et à ses contrecoups dans le temps des vies et pas dans celui de l’actualité virevoltante de la mobilisation et de la lutte. Comme un contre-champ nécessaire à Tahrir


  Retrouvez l’entretien complet en téléchargeant Je suis le peuple- Dossier de presse

Vous pouvez aussi découvrir le grand entretien réalisé par l’ACID (Cannes, 2015) ICI


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